Le bidonville de Pakadjuma rasé mardi dernier avec rage par les bulldozers de l’Hôtel de ville, a fait des heureux et des malheureux dans la ville de Kinshasa. Si d’un côté, nombreux ont salué l’effacement des images hideuses des bicoques et autres taudis de fortune construits avec des matériaux de recyclage dont des planches, des morceaux de tôles et autres bouts de plastiques, face à l’engouement des constructions en hauteur avec des immeubles de bureaux et résidentiels, de l’autre côté, beaucoup pleurent le chômage dans lequel sont brutalement plongés les partisans du commerce de la chair. Dans ce coin de la capitale, cette « profession » vieille comme le monde vient de disparaître avec tout ce que cela entraine comme désagréments et conséquences.
L’Office national des transports, propriétaire des emprises de la voie ferrée pour la relance du train urbain, se réjouir de rentrer avec force dans ses droits. Il peut désormais envisager la remise en chantier de ce projet attendu avec empressement par les Kinois. En effet, des investisseurs potentiels pourront se bousculer au portillon de l’immeuble Onatra non loin de la gare centrale de Kinshasa. Il y a d’ailleurs de la place pour tout le monde. Les vendeurs des locomotives et des wagons-passagers, les nettoyeurs, les restaurateurs et autres vendeurs ambulants. Les véhicules de location, mini-bus, bus, taxis, tricycles et motocyclettes pris en compte.
L’autre face de la démolition très interpellative, c’est le plus vieux du monde qui a vu ses défenseurs crier leur désarroi. Des femmes, jeunes et vieilles, « vendeuses de charme », ont versé des larmes pour la plupart pour la fin de leur carrière. Il en est de même de leur clientèle favorite. Des hommes qui se dégourdissaient les jambes tous les soirs avant de regagner leurs domiciles, sont contraints de bouleverser leurs habitudes de loisirs ou de se replonger dans les jeux du hasard, type Winner. Mais cela ne suffit pas pour se déstresser autant qu’être aux côtés d’un être de l’autre sexe. Pourtant, l’autre revers de la médaille est que l’un des foyers de prolifération des maladies vénériennes vient d’être détruit. On peut certes, s’en réjouir, mais les vendeurs de préservatifs et autres antibiotiques de coins de rue, grincent des dents. Adieu les infections sexuellement transmissibles.
Il est vrai d’autre part que la Direction générale de recettes de Kinshasa se frotte les mains. Car, elle ne gagnait rien. Absolument rien. Pourtant, dans la panoplie des recettes fiscales et parafiscales, aucune rubrique sur le commerce de la chair n’a été répertoriée, ni les patentes sur les petits commerces liés au plus vieux métier du monde. J’en ai entendu qui maudissent le projet de relance du train urbain. J’ai même vu nombreux qui s’apitoyaient sur le triste sort des membres de cette profession en voie de disparition, vu la prolifération des sectes religieuses dans nos rues et quartiers . C’est comme le logement. Bailleurs et locataires pourront désormais subir les assauts des agents recouvreurs de cette régie provinciale. On peut crier aux tracasseries administratives, mais si l’Etat estime que c’est une source des revenus taxable, il peut l’adopter dans sa nomenclature des droits et taxes, après une étude par ses spécialistes de fiscalité.
Un plaisantin qui en a profité pour se moquer des désagréments enregistrés par les mémères de Pakadjuma, a arraché quelques confidences saugrenues des membres de cette profession libérale. Dans une vidéo devenue sur les réseaux sociaux, l’une d’elles ne s’empêchait pas de rappeler la baisse de prix dans ce secteur qui atteignait par vacation 1.500 FC. A ce taux-là, on peut se féliciter que les bonnes dames se sont alignées aux dernières directives du ministre de l’Economie. Outre la révision à la baisse des prix des carburants et autres produits de consommation courante, le commerce de la chair s’est docilement mis au pas. Et curieusement, le transport urbain continue à faire de la résistance, alors qu’en dépit des assauts « des tueurs des buffles et autres bovins » dans la profession, les bonnes dames au service de la communauté des prolétaires se sont conformées à la loi sur le petit commerce et autres.
Dans une ville où la création d’emplois connait quelques ratés, les jeunes entrepreneurs ne piochent que dans les autres secteurs et l’imagination fertile fait quelquefois défaut. On peut en rire. J.R.T.
© 2026. All Rights Reserved. Distributed by Le Phare News