Mensualisation n'est pas barème à 100%. C'est cette nuance que des faiseurs d'opinions veulent effacer pour faire porter au ministre des Finances le chapeau d'un prétendu sabotage des instructions du Chef de l'État.
Depuis quelques jours, une campagne bien orchestrée envahit les réseaux sociaux. Son narratif : le ministre des Finances, Doudou Fwamba, aurait refusé d'exécuter les instructions du Président de la République au sujet de la rémunération des inspecteurs et contrôleurs du travail. Accusation grave. Mais quel est le contenu réel du dossier?
Que dit le compte rendu du Conseil des ministres ?
Revenons aux faits. Lors de la 94ᵉ réunion ordinaire du Conseil des Ministres, le Chef de l'État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a effectivement fait de la réforme de l'Inspection Générale du Travail (IGT) une priorité nationale. Sous la coordination de la Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, il a instruit le Gouvernement de renforcer l'autonomie administrative et financière de l'IGT, de garantir au personnel une rémunération conforme au statut et surtout, de mensualiser régulièrement leurs avantages.
Mensualiser! Le mot est lâché. Nulle part dans le compte rendu officiel, le Président; de la République n'a ordonné le paiement immédiat et intégral du barème à 100%. C'est là que le bât blesse.
Le piège de 5 millions de francs
Selon nos recoupements, le Gouvernement a bel et bien exécuté l'instruction présidentielle. La rémunération des inspecteurs a été intégrée dans l'état liquidatif du T4 ( 4me trimestre) 2026. Des crédits pour le fonctionnement de l'institution sont même sanctuarisés dans le budget 2027.
Le hic, c'est le niveau. Ce qui est payé aujourd'hui tourne autour de 1,5 million de Francs Congolais, soit 30% du barème. Ce que réclame une frange des inspecteurs, c'est 5 millions de francs, soit 100%.
De 1,5 à 5 millions de francs en un claquement de doigts, en pleine guerre d'agression à l'Est où chaque franc compte pour l'effort de guerre ? L'équation est politiquement vendeuse, mais budgétairement intenable.
Et pour cause, rappelle une source proche du dossier, aucun corps de l'État ne touche 100% de son barème aujourd'hui. Ni les professeurs d'université, ni les médecins, ni les enseignants. Pourquoi l'IGT ferait-elle exception, au nom de l'équité ?
Quand la revendication devient un instrument de chantage politique
Le plus inquiétant dans cette affaire n'est pas la revendication salariale, légitime au demeurant, mais sa transformation en arme de discrédit politique.
Caricatures du ministre des Finances, accusations personnelles, procès en sorcellerie sur la toile... On s'éloigne de la déontologie de l' agent de l'État pour verser dans l'activisme politique. Faire croire que le ministre aurait désobéi au Chef de l'État, c'est entretenir sciemment la confusion dans l'opinion.
Le débat salarial mérite mieux que des raccourcis populistes. Il mérite un dialogue franc avec les ministères de tutelle, sur la base des ressources disponibles et d'une trajectoire progressive, exercice budgétaire après exercice budgétaire.
A vouloir tout et tout de suite, on finit par tuer la réforme elle-même. D.N
© 2026. All Rights Reserved. Distributed by Le Phare News