Soutien au M23 : Kigali
ôte son masque
«Mentez… mentez…il en restera toujours quelque chose », nous apprend une vielle maxime. Le pouvoir en place à Kigali vient d’en fournir une nouvelle preuve aux historiens du présent. A la surprise générale, son ambassadrice aux Nations Unies, Mathilde Mukantabana, a avoué que son pays entretient « une collaboration sécuritaire » avec le M23, au motif de prévenir toute résurgence d’une « insurrection génocidaire » et de sécuriser la communauté Tutsi, présumée être à la merci de certaines
forces négatives, dont les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda). L’aveu de la diplomate rwandaise est lourd de conséquences, dans la mesure où depuis la nouvelle agression rwandaise contre la République Démocratique du Congo, il y a plus de trois ans, avec la prise de la localité de Bunagana en juin 2022, Paul Kagame et ses proches collaborateurs ont toujours démenti leur appui militaire aux rebelles du M23 (Mouvement du 23 mars). En dépit des rapports accablants et richement documentés de divers experts des Nations Unies chargés d’enquêter sur la présence ou non des soldats rwandais sur le sol congolais, en appui aux rebelles de la coalition AFC/ M23 (Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars), Kigali a continuellement nié son implication dans la crise sécuritaire qui touche la partie Est de la République démocratique du Congo.
Guerre de l’Est : un problème congolo-congolais ?
A la tribune des Nations Unies comme dans tous les foras consacrés au processus devant ramener une paix
durable à l’Est du territoire congolais, notamment Luanda, Nairobi, Lomé, Doha et Washington, le président du
Rwanda ou ses émissaires se sont toujours arcboutés sur la même ligne de défense : « la guerre de l’Est un problème congolo-congolais ».
C’était la même rengaine lors des Sommets de l’Union Africaine, de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe), de la CEEAC (Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale), de l’EAC (Communauté des Etats de l’Afrique
de l’Est), de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) et même de la comateuse CEPGL (Communauté Economique des Pays des Grands Lacs).
L’armée numérique rwandaise défendait la thèse du conflit armé entre Congolais avec une rage telle que certaines chancelleries occidentales avaient fini par y souscrire, banalisant par ricochet les plaidoyers congolais sur la guerre d’agression rwandaise et ses effets collatéraux sur les populations civiles et les ressources naturelles. Qui pouvait croire qu’en ce début d’année 2026, le Rwanda allait ôter le masque, en s’affichant comme le parrain des rebelles de l’AFC/M23 ?
Le pot aux roses ayant ainsi livré ses secrets, même sur le tard, les autorités congolaises ont entre leurs mains une carte décisive à jouer pour maintenir la pression sur la communauté internationale, afin qu’elle force le Rwanda mette un terme à sa« collaboration sécuritaire » criminelle avec l’AFC/M23 dans la partie Est du pays. Concomitamment aux pressions diplomatiques, Kinshasa devrait envisager le dépôt d’une plainte contre le Rwanda au niveau des juridictions internationales pour réclamer des réparations à la fois morales, financières et matérielles. Ce serait également l’occasion, pour Kinshasa, d’entamer la même démarche auprès de la CPI (Cour Pénale Internationale) contre le staff de l’AFC/M23 (Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga et consorts), mais également leurs parrains congolo-rwandais (Paul Kagamé, Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Djhon Numbi, Kikaya Bin-Karubi et consorts), pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. LP
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