Depuis des lustres, l’actualité sociale dans la ville de Kinshasa est dominée par les kidnappings. Enlèvements, le soir, des jeunes filles, prise d’otages des écoliers, la journée, au sortir de leurs établissements scolaires. La capitale devenue une ville coupe-gorge, ressemble à une sorte de jungle où les bandits de tous acabits dictent leur loi. A force de complicités avec certains agents de l’ordre, l’impunité leur est assurée et l’industrie du crime tend à s’enraciner dans les mœurs de la capitale, malgré les maigres efforts de la police.
La semaine passée, deux jeunes filles embarquées dans un taxi au centre-ville avec pour destination Lemba, ont vécu des frayeurs dignes de films d’horreur. Conversant entre eux et échangeant des vidéos de leurs téléphones, vers l’aéroport de Ndolo, les vitres teintées de la voiture remontées, les demoiselles se sont retrouvées dans une sorte de prison. Elles ont beau activé les commandes électriques des portières qui ne répondaient plus. Traumatisée, une a demandé des explications de cette mésaventure, pendant que l’autre incapable de supporter l’angoisse, a abimé ses habits. Le chef de bande assis à côté des jeunes filles, a commencé par exhiber son arme, avant d’exiger leurs sacs et de les remettre pour fouille à ses coéquipiers assis sur le siège avant.
En dépit des embouteillages sur le boulevard Lumumba, aucune opportunité pour les victimes de signaler leur captivité aux autres automobilistes. La peur d’usage des armes les a contraintes à une obéissance systématique. Peut être que leur silence a permis d’éviter le pire. Et c’est ce qui est arrivé. Soudain, la voiture des malfaiteurs a pris un virage à gauche pour se diriger dans le quartier industriel où les routes défoncées sont moins empruntées. Dans un coin peu fréquenté, la fouille des sacs a fourni aux bandits, quelques butins dont deux téléphones androïds, 1.000 dollars, 250.000 Fc et 30 Euros. C’était là leur chance, parce qu’en dépit des motocyclettes qui longeaient l’artère, les kidnappeurs ont descendu leurs victimes en les invitant au silence. Et la voiture Toyota IST à a couleur grise et aux vitres teintées, a disparu dans ce quartier.
Tremblotant comme des feuilles mortes, les deux jeunes filles ont remonté l’une des avenues intérieures jusqu’à atteindre le boulevard Lumumba. Il était minuit passé. Pas plus tard que samedi dernier. Terminus de la Place UPN à Ngaliema grouille de monde. Le transport est difficile dans toutes les destinations. On se bouscule à l’arrivée du premier taxi. Filles comme garçons échangent des pointes d’insulte dans cette compétition d’empoignades. Pas de pitié pour les faiblards, les malades et les personnes vulnérables. Les mini-bus se succèdent et on s’engouffre sans retenue ni égard aux autres passagers.
Dans une voiture jaune couleur de taxi, une fille assise sur la banquette arrière entre deux garçons, ne s’intéresse pas aux autres passagers. Il en est de même de l’autre fille vautrée sur le siège avant droit encadrée par un jeune homme. L’engin quitte ce petit marché et prend la direction de la Cité verte. Comme pour annoncer les couleurs, un passager réclame d’être débarqué à Badiadingi. Le chauffeur acquiesce sans consulter les autres passagers qui au lieu de protester, approuvent la déviation. Les filles boudent le détour à faire, estimant que cela va causer un retard pour atteindre Rond-point Ngaba. Le scénario d’enlèvement débute par les vitres fortement teintées relevées, le démarrage de la climatisation et la fermeture de la radio de bord.
Prises de panique, les filles pleurent. Les trois hommes complices avec le conducteur sont membres d’une même bande des malfaiteurs. Car, le chauffeur va s’arrêter au bord d’une route en terre, le temps pour les bandits de dépouiller leurs victimes qui n’arrêtaient de pleurer leur sort. Sacoche, sac et colis arrachés, la fouille démarre. Les biens de valeur sont arrachés. Les victimes parleront de trois téléphones, des habits, des bijoux et des chapeaux ( perruques). Pour les billets de banque, l’une avait sur elle le montant de 5.000 dollars et 100.000 FC, tandis que son alter ego a perdu les recettes de son restaurant de l’UPN, 750 dollars et 650.000 FC. Dans cette partie de la ville, il était 23 heures. Abandonnées à leur triste sort, les filles sont descendues de la voiture, les jambes molles, incapables de crier ni de signaler leur calvaire aux motocyclistes qui se disputaient la priorité sur la chaussée.
Comme dans le premier cas, l’absence de l’identification des véhicules et des indices sur les malfaiteurs rend le travail de la Police très difficile, surtout qu’aucun bandit n’a été appréhendé. D’où il est recommandé aux citoyens d’être assez vigilants pour prélever à la première occasion, toute trace, tout indice aperçu sur les véhicules des malfrats et autres caïds.
Les nouvelles de ces kidnappings et tant d’autres, font aujourd’hui l’objet des analyses au Commissariat provincial de la police ville de Kinshasa. Le chef P2, le commissaire supérieur Léon Tshibangu, qui est chaque jour à l’écoute des rapports de sécurité de la capitale, ne manque pas d’insister pour que le tableau presque complet de la capitale lui soit dressé et que tous les faits répertoriés sur le plan de la criminalité soient recensés.J.R.T.
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